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17/06/2013
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Anthem - Evil One
(2012)


mercredi 12 juin 2013

Onmyouza - Kishi Bojin



Comme nous l'avons dit plus tôt, Onmyouza, c'est un peu le groupe guide touristique du Heavy Metal Nippon.
Ce savant mélange de Heavy Metal et de folklore a su conquérir les foules et assurer leur succès, dûment mérité.

En 2009, Tora quittait le groupe, mais continuait d'officier en tant que membre de session sous son nom complet: Atsushi Kawatsuka. 
Le 21 décembre 2011, le groupe sort Kishi Bojin, leur nouvel opus.
Premier album depuis le départ de Tora donc, mais qui assure ici l'interprétation de la batterie.

Le contexte de Kishi Bojin est assez chargé, éclaircissons un peu tout ça.
Il s'agit ici d'un concept album; cette expérience est menée par Matatabi qui assure comme à son habitude l'écriture et la composition des morceaux. Selon ses propres dires, il voulait créer quelque chose de plus sombre et de novateur par rapport à leurs créations typiques.
Sur ce point, le groupe a sorti un livre quelques temps avant la sortie de l'album afin d'expliquer plus en détail ce fameux concept.

L'album narre l'histoire de Kishibo-jin, ou plus couramment Kishimo-jin : "La Mère des Démons Mangeurs d'Enfants".
Kishimo-jin est une ogresse Hindoue (aussi appelée Hariti) qui nourrissait ses nombreux enfants en kidnappant d'autres enfants afin de les servir en hamburgers à sa propre progéniture.
Un jour, elle rencontra Bouddha. De cette rencontre, Kishimo-jin en eut une révélation. Elle se repentit de ses fautes et se fit gardienne des enfants.
De ce changement, elle devint la déesse protectrice des enfants, des accouchements sans complications et de l'harmonie générale dans la famille.

Comme je vous le disais donc, le contexte du concept est chargé et particulièrement riche.
Toutes les pistes sont préfixées : Kumikyoku [Kishi Bojin]. Il s'agit d'une longue "suite musicale" entièrement basée sur la dite déesse.
On avait déjà vu ce concept sur d'autres albums comme avec la suite Kyuubi sur l'album précédent (Kongo Kyuubi) ou la célèbre suite Yoshitsune, mais jamais étendue à un album entier.

12 morceaux qui forment cette Kumikyoku [Kishi Bojin], que donne donc cette "super suite" ?



Kishi Bojin démarre sur une intro instrumentale, Shuushuu, qui est un exercice fréquent dans la discographie du groupe.
Au loin, on entend des râles torturés auxquels vient vite s'incorporer une douce et rassurante mélodie au piano, rapidement rejoint par les guitares de Maneki et Karukan ainsi que la basse de Matatabi pour une envolée lyrique de courte durée interrompu aussi sec par un soupir poussé par Kuroneko, "Hana" .

Samayoi démarre alors tout aussi sec sur un schéma de composition familier. Un 1er morceau rythmé et entraînant dans la pure lignée du Heavy que propose habituellement le groupe. Matatabi au chant sera vite épaulé par Kuroneko. Bien que le morceau soit sacrément efficace, pour l'instant, pas de réelle surprise, on est en terrain connu.

Alors que Samayoi se termine brutalement, les riffs de Ubugi enchaînent directement sans temps mort (à l'oreille, on pourrait presque croire qu'il s'agit d'un long et unique morceau).
Le rythme est plus lourd et l'ambiance bien plus sombre.
A noter, la présence d'un clavier, fait un peu exceptionnel chez Onmyouza. Il apporte une profondeur supplémentaire à la mélodie, et cette espèce d'ambiance ténébreuse est renforcée par le solo de guitare tout aussi torturé.
Ce changement est, il faut le dire, pas mal du tout et on a hâte de découvrir la suite.

Silence. Les gémissements d'un homme mourant en pleine agonie se font entendre. Pour ma part, j'ai plutôt pensé aux gémissements terrifiants poussés par les spectres japonais tels qu'on peut les voir dans Ring, Ju-on The Grudge et autres réjouissances du genre. Je trouve cela tout aussi crédible étant donné qu'il s'agit d'Onmyouza, le folkore, c'est leur rayon !
Namasu démarre, accélère le rythme et assombrit encore un peu plus l'ambiance. La douce voix de Kuroneko vient contraster celle de Matatabi qui se fait agressive et inquiétante à la limite du growl.
Pas de doutes, même si on retrouve les sonorités du groupe, le tout est beaucoup plus torturé, sombre et violent qu'auparavant.

Avec Oni Kosae no Uta, on aborde la 1e perle de Kishi Bojin.
Le titre démarre sur un chant traditionnel japonais à propos des "Oni", ces fameux démons.
On imagine facilement le contexte: un temple comme une pagode, une célébration typiquement folklorique, et des gens qui dansent en costume en scandant ces quelques lignes.
Puis débarque Onmyouza.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que c'est étrange. On est déconcerté, perdu et envouté à la fois.
Les guitares se font très funky, une association pour le moins atypique avec un chant traditionnel.
On a alors le plaisir de découvrir le chant de Kuroneko en pur Enka. C'est une excellente surprise que l'on avait pas entendu depuis l'album Mugen Houyou en 2004 (de mémoire), d'autant plus que la Dame manie l'Enka à la perfection, quel plaisir donc de le retrouver ici !
Une expérience clairement réussie, à l'image de Banka sur l'album précédent qui explorait les contrées du Blues Rock.
Les plus connaisseurs d'entre nous peuvent même y retrouver une ressemblance avec le très réussi Kyoufu no Resutoran de Seikima II qui proposait le même genre d'expérience musicale.
Un must hear, l'un des meilleurs morceaux de l'albums, et du groupe en général !


Oni Kosae no Uta

Il est l'heure de la 1e balade avec Gekkou.
Tout en symphonie au clavier et en mélancolie, c'est un vrai moment d'onirisme que nous propose Kuroneko et sa superbe voix, sublimée par un petit solo de piano vraiment agréable.
Ce morceau me rappelle personnellement un morceau du nom de Chikyuugi interprété par Yumi Matsuzawa, et qui aura servi de générique d'ouverture à Saint Seiya - The Hades Chapter Sanctuary.

Enchainer deux balades n'est pas vraiment une habitude. Mais pour proposer un changement, il faut savoir casses ces habitudes.
Zakuro to Jubaku est introduite par une guitare acoustique et la voix de Matatabi.
La chanson tient beaucoup de la balade rock classique mais toujours aussi agréable. Le solo de guitare habituel est complété par un solo acoustique magnifique et magique !

Une intro symphonique, sombre et inquiétante lance le titre éponyme, Kishi Bojin.
Un départ en trombe fait résonner un Heavy influencé plus que jamais par la symphonie du clavier foutrement jouissif.
Ce dernier se fait plus présent et renforce encore une fois la profondeur de la mélodie.
Très énergique et rythmé, le point culminant est atteint par le solo de guitare, complexe et affolant, loin de ce à quoi Maneki et Karukan nous ont habitué.

Urami no Hate nous livre un Heavy pur souche, plus que connu, mais les choses simples savent être efficaces. Onmyouza maîtrise ce domaine, et il me parait évident que ce morceau est parfaitement taillé pour le live.

Sombre et inquiétant sont, je pense, les maîtres mots de cet album, et Michi est introduit par ce concept une fois encore.
Michi, c'est ce qu'on pourrait appeler la quintessence du Heavy Metal purement mélancolique, servie par un Matatabi qui nous en met plein les oreilles.
Cette délicieuse mélancolie fait de ce morceau la 2e perle de Kishi Bojin. Le rythme s'accélère avec l'arrivée de Kuroneko et accentue ce sentiment jusqu'à atteindre son paroxysme, une première fois avec la dualité des chanteurs, puis le solo de guitare jouissif à souhait qui nous fait découvrir des notes novatrices une fois encore. On se rapproche délicieusement de ce que pourrait jouer Akio Shimizu avec Anthem !


Michi

Après tant d'émotions, il faut calmer un peu le jeu.
Kourui semble être la conclusion de cet album sombre et déroutant sur une note bien plus teintée d'espoir.
Le morceau se conclut en reprenant le chant traditionnel de Oni Kosae no Uta.

Mais non, ce n'est pas fini.
La mélodie de Shuushuu débarque à nouveau. Ce piano, ces riffs de guitare, mais cette fois, "Hana" n'y met pas un terme, Kuroneko enchaine avec un "Iko!" (Allons y!).
Et c'est reparti de plus belle pour la vraie conclusion de Kishi Bojin, Kikoku.
Ce riff mes amis, MAIS CE RIFF ! Un vrai bonheur, un vrai régal que dis-je!
Heavy jusqu'au bout des ongles dans sa composition et son interprétation, Kikoku se paye même le luxe de conserver cette petite touche de symphonie tellement sympa apportée par le clavier.
3e et dernière perle de l'album, Onmyouza livre ici l'un de ces meilleurs morceaux tout simplement. Il ne manque que la présence de Matatabi, que l'on regrette, pour ce final carrément époustouflant!
L'outro reprend le piano de l'intro comme pour nous faire pleurer toutes ces émotions que la Mère des Démons Mangeurs d'Enfants aura su nous extirper et nous inciter à le ré écouter encore une fois, deux fois, trois fois...


Kikoku


Conclusion
Après plusieurs écoutes, je n'en reviens toujours pas du nombre de choses qui ressortent de cet album, et de bonnes choses s'il vous plait!

Kishi Bojin est une suite musicale en 3 parties narrant l'histoire de Kishimo-jin.

La 1e partie couvre sa vie en tant qu'ogresse cannibale, démoniaque, maléfique et terrifiante. Samayoi introduit le contexte tandis que Ubugi et Namasu nous narre les méfaits de l'ogresse, de ces enlèvements d'enfants pour en faire de la chair à pâté pour petits ogres tout bébé qu'ils sont.
L'apogée démoniaque est atteinte avec Oni Kosae no Uta qui dépeint Kishimo-jin comme une figure maléfique contre laquelle l'humanité doit lutter.

La 2e partie de cette symphonie symbolise la rencontre avec Bouddha.
Mise face à ses propres péchés, la démone doit se repentir et expier ses fautes, révélation mise en musique à travers les deux balades, Gekkou et Zakuro to Jubaku.

Suite à cela, la 3e et dernière partie démarre avec Kishi Bojin.
La mère doit se lutter pour se repentir et affronter ses démons du passé.
Urami no Hate symbolise l'espoir de rédemption que Kishimo-jin entrevoit.
Michi nous rappelle que, peu importe l'avenir, il ne faut pas oublier les erreurs que l'on a fait, au contraire, il faut les assimiler pour en tirer des leçons.
Kourui est l'achèvement de son repentir et l'accès à son statut de déesse protectrice des enfants.
Kikoku cloture ce conte sur une note d'espoir, pour transmettre le message à tous ceux qui voudraient s'en prendre aux enfants, que la colère de Kishimo-jin s'abattra sur eux sans aucune forme de pitié.

Une bien belle histoire contée à grands coups de guitares, de lignes de basse envoûtantes, de batterie puissante et d'envolées vocales comme on les aime.


D'un point vue purement musical, Onmyouza signe avec Kishi Bojin l'un de leurs meilleurs albums.
Malgré le départ de Tora, qui finalement n'en est un qu'à moitié, le groupe a su rebondir et produire un album qui renouvelle le registre du groupe sans pour autant le dénaturer, bien au contraire.

Matatabi avait annoncé un album ambitieux, sombre et novateur. Il ne s'est pas trompé.
Fouillé, profond, riche et abouti, Kishi Bojin ne renie pas ce qui fait l'identité d'Onmyouza mais lui donne un sens nouveau, une fois encore un bien bel hommage au folklore japonais, comme le groupe a toujours su le faire.

Qu'il s'agisse d'un album concept ou pas, c'est une franche réussite, une perle du Heavy Metal, un bijou rare et précieux qu'il est obligatoire de posséder.
Espérons que ce concept ne sera pas un coup d'éclat unique et que le groupe continuera dans cette voie à faire briller le folklore japonais au travers du Heavy !


Les +
- Concept Album
- Un vent frais dans la discographie du groupe
- Une composition fouillée et aboutie
- Quelques morceaux amenés à devenir des classiques

Les -
- Concept Album = pas de récidives à l'avenir?
- Je cherche, vraiment... xD



Kishi Bojin Tracklist
1 - Kumikyoku [Kishi Bojin] - Shuushuu
2 - Kumikyoku [Kishi Bojin] - Samayoi
3 - Kumikyoku [Kishi Bojin] - Ubugi
4 - Kumikyoku [Kishi Bojin] - Namasu
5 - Kumikyoku [Kishi Bojin] - Oni Kosae no Uta
6 - Kumikyoku [Kishi Bojin] - Gekkou
7 - Kumikyoku [Kishi Bojin] - Zakuro to Jubaku
8 - Kumikyoku [Kishi Bojin] - Kishi Bojin
9 - Kumikyoku [Kishi Bojin] - Urami no Hate
10 - Kumikyoku [Kishi Bojin] - Michi
11 - Kumikyoku [Kishi Bojin] - Kourui
12 - Kumikyoku [Kishi Bojin] - Kikoku

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